Image credit: Lorelou Desjardins
La Norvège, ses maisons de rondins rouges, ses paysages à couper le souffle parsemés de rennes pâturants patiemment, et ses fjords…remplis de déchets toxiques. Voilà la réalité à laquelle nous nous sommes réveillés Jeudi 14 février en Norvège, alors que le gouvernement de coalition entre les Conservateurs, les Libéraux, l’Extrême droite et les Chrétiens-démocrates a donné son feu vert au groupe minier Nussir d’ouvrir une mine de cuivre dans la région arctique de la Norvège.
La mine sera construite en terre samie, communément appelée Laponie, sur un l’espace de pâturage de 3000 rennes, et le gouvernement a aussi donné l’autorisation au groupe de déverser 30 millions de tonnes de métaux lourds dans un fjord national protégé, le Reppar fjord. Cela représente environ un camion de déchets toxiques incluant du mercure, plomb, zinc, nickel, et chrome déversé chaque heure pendant 20 ans dans le fjord où abondent poissons, mammifères et oiseaux marins. Repparford est aussi l’un des derniers fjords où le saumon est encore présent à l’état sauvage.
Cette décision est difficile à comprendre pour beaucoup, alors que nous assistons à un réveil chez nos voisins suédois au travers de la lycéenne Greta Thunberg qui a lancé un mouvement européen de conscientisation vis-à -vis de l’inaction climatique de leurs gouvernements. La ville d’Oslo a été élue capitale verte de l’Europe en 2019 et fait de réels progrès au niveau municipal avec son budget sans émissions carbones et son compost de ville qui nourrit les transports publics en biogas. Mais voyez-vous la mine devrait gagner 70 millions d’Euros par an. Alors le calcul a sûrement été vite fait par le gouvernement central, mais la population ne donne aucun signe de relâchement dans son combat.
On est samedi, deux jours après la décision sur le fjord Reppar. Je suis à la maison des Samis, dans une réunion de préparation à la manifestation qui a été organisée à la va-vite devant le parlement norvégien.
“Le parlement sami a décidé de déposer plainte contre la décision du gouvernement sur le dossier du fjord Reppar” annonce Runar Myrnes Balto, le chef de l’alliance des Samis de Norvège. “Nous remercions l’association de jeunesse Natur og ungdom de s’être mobilisée avec nous” ajoute-t-il en regardant son voisin sur le panel, Jørgen Næass Karlsen.
Ce serait une grande erreur du gouvernement de sous-estimer une telle alliance. Natur og ungdom, ou Nature et jeunesse en français, n’est pas constituée de gamins rêveurs qui espèrent sauver les petits poissons dans l’eau à coup de lettres au Père Noël. Forts de leurs 8000 membres de 13 à 25 ans gonflés à bloc, ils ont par exemple après de longues années de campagne réussi à faire plier le gouvernement l’année dernière sur la question des forages en arctique dans les archipels de Lofoten, Vesterålen et Senja. Le sujet d’abord marginal est devenu un enjeu de l’élection et le gouvernement élu a dû se plier à l’interdiction.
Natur og ungdom a d’ailleurs constitué une liste pour ceux et celles prêts à des actes de désobéissance civile pour défendre le fjord. Samedi ils en étaient déjà à 4000 noms, un nombre impressionnant dans un pays aussi pacifique que la Norvège, où l’on règle traditionnellement les conflits en amont avec du dialogue social. Les journalistes ne s’y trompent pas et demandent à tous si c’est une nouvelle “affaire Alta”, il y a presque 40 ans où Samis et écologistes s’étaient alliés contre le projet de barrage du gouvernement, créant ainsi le plus grand conflit environnemental du pays. “Nous espérons ne pas en arriver là, rassure Runar, mais ne lâcherons rien”.
Malgré les deux jours pour préparer la manifestation, et le fait que beaucoup sont partis faire du ski lors de ce premier jour des vacances scolaires d’hiver, il y a tout de même un millier de personnes réunies devant le parlement.
Pendant la manifestation, tous ont le même message: laissons les fjords en paix et trouvons une manière plus respectueuse des normes sociales et environnementales pour exploiter le cuivre. Ils sont tous conscients des besoins de la planète en ressource naturelles, mais pourquoi est-ce que la Norvège est l’un des 5 pays pays au monde avec la Turquie et l’Indonésie à autoriser la pratique moyenâgeuse de déverser ses déchets toxiques en mer et à ciel ouvert?
“Même en République démocratique du Congo ou au Brésil où des activistes environnementaux sont assassinés régulièrement, les standards sur cette pratique sont meilleures qu’en Norvège” dit Jørgen Næss Karlsen.
Les saumons, pour l’instant, sont sains et saufs. Les rennes continuent de paître, et le parlement sami va faire appel de cette décision en accord avec le pouvoir qui lui est conféré. La carte postale des fjords norvégiens est encore à peu près intacte. On espère tous que nous n’en n’arriverons pas à la finalité de devoir aller à Alta dans le cercle polaire et nous enchaîner au fjord pour que les bulldozers ne passent pas.
La fjorden leve! Les manifestants ont déjà prévenu le gouvernement “Nous vous promettons l’enfer”. Voyons-voir comment ce dossier va évoluer! Pour plus d’infos voir ici The Independent qui a couvert l’info et a eu plus de 50.000 partages sur Facebook. La presse française, elle, reste silencieuse pour l’instant.



Leave a Reply